“Excusez-moi, pourriez-vous baisser le volume de votre téléphone s’il vous plaît ?”
Chère amie, cher ami,
Avez-vous remarqué une augmentation de l’incivilité sonore dans les transports en commun ?
J’ai récemment pris plusieurs trains à travers la France et je dois le dire : je ne me suis pas trouvée une seule fois dans un wagon silencieux.
Puisque chacun de nos concitoyens semble avoir, depuis quelques années, un téléphone greffé dans la main, le déferlement de sons, musiques et autres bruits en tout genre ne cesse de perturber la tranquillité des espaces partagés.
Êtes-vous, vous aussi, agacés par cette pollution sonore quasi-constante ?
Moi, je n’en peux plus.
Bienvenue dans l’ère de l’incivilité
Ô combien il est désagréable d’adresser un appel à la décence à ses voisins, demande qui prend souvent la forme d’une excuse.
Et pourtant, vous êtes mené à le faire de plus en plus souvent, quand vous parvenez à réunir suffisamment de courage.
Vidéos visionnées à un volume maximal dans le bus, conversations téléphoniques tonitruantes dans un wagon, musique écoutée en haut-parleur de façon éhontée dans le métro…
Nous vivons dans une ère où le manque de respect devenu la norme.
“Quelle voix désagréable !”
Par-delà les sons métalliques issus des téléphones portables, les conversations bruyantes de nos voisins de compartiment peuvent franchement énerver.
Je ne sais pas vous, mais j’ai remarqué que dans une même conversation, certaines voix se distinguent de façon agaçante entre les interlocuteurs, et il ne s’agit pas d’une question de volume sonore.
Pourquoi sommes-nous irrités par certaines voix, quand d’autres nous apaisent ?
Ce n’est pas seulement une question d’intensité sonore, mais de fréquence. Indépendamment du volume, certaines voix vous apaisent, quand d’autres vous agacent.
L’explication est scientifique.
Les voix aiguës causent de l’anxiété et sont désagréables au cerveau. Les voix plus graves rassurent et réconfortent.
De plus, les voix plus graves sont associées à de l’autorité et de l’assurance, quand les voix plus fluettes ont du mal à trouver la validation de leur audience. Une forte dimension culturelle est sans doute à prendre en compte dans cette analyse, puisque les voix graves sont plus souvent masculines et les voix aiguës sont, quant à elles, plutôt féminines.
Ces différences de perception, très largement répandues dans la population et expliquées par les neurosciences, peuvent être problématiques. En particulier pour les célébrités et les personnalités politiques.
L’ancienne première ministre britannique Margaret Thatcher, l’actrice américaine Meryl Streep, l’ancien président François Hollande, la chanteuse canadienne Céline Dion ont vite compris l’importance d’une voix affirmée, à l’intonation sûre.
Tous ont eu recours aux services d’un “coach en voix”, pour rendre leur voix et leur intonation plus agréable à l’oreille. Pour François Hollande, force est de constater que ce coaching n’a pas duré suffisamment longtemps.
Bouteille en verre contre eau ruisselante
Lorsque vous entendez une voix aiguë, votre cerveau l’interprète et l’associe à une émotion, une sensation plus ou moins agréable.
Une étude du Journal of Neuroscience a expliqué le phénomène à l’oeuvre dans votre cerveau grâce à l’imagerie cérébrale par résonance magnétique. (1)
Les chercheurs expliquent que le fait d’être gêné par certains sons est lié à une activité intensifiée entre la région du cerveau qui traite les émotions (l’amygdale) et la région qui traite les sons (le cortex auditif).
Je vous le disais, le problème n’est pas dans le volume mais dans la fréquence hertzienne d’un son. L’étude révèle que les voix et les sons classés entre 2400 et 5500 Hz sont considérés comme désagréables.
Ainsi, un classement des sons les plus déplaisants pour le cerveau a été établi à partir de cette fenêtre.
Parmi les bruits les plus déplaisants, vous trouvez :
- un couteau qui érafle la surface d’une bouteille de verre ;
- une fourchette sur un verre ;
- de la craie sur une ardoise ;
- les cris très aigus ;
- les pleurs d’un bébé.
À l’autre bout du spectre, il y a le bruit de l’eau qui ruisselle, qui bouillonne, ou le bruit d’une cascade.
Il n’est d’ailleurs pas étonnant que le bruit de l’eau soit agréable à l’oreille, puisque l’eau, depuis la nuit des temps, est synonyme de vie.
Le volume de la déconcentration
Arrivez-vous à écouter de la musique, ou les informations tout en vous concentrant sur un livre, ou un travail intellectuel à accomplir ?
Nous ne sommes pas tous égaux en matière de concentration.
Je vous disais que le volume sonore n’était pas le seul critère de “déplaisir”. Nous avons vu que la fréquence hertzienne des sons entendus a une grande importance dans notre perception.
Toutefois, passé un certain seuil sonore, la concentration est impossible. (2)
À partir de 85 décibels (l’équivalent d’une tondeuse à gazon), la concentration devient difficile. Vous noterez qu’une conversation normale d’une durée de 3 à 5 minutes atteint les 70 décibels.
Les conversations intempestives de vos voisins impolis dans le train peuvent réduire votre capacité à vous concentrer sur votre livre, ou votre travail. Raison de plus pour leur demander de baisser la voix immédiatement.
À partir de 95 décibels (l’équivalent d’un train qui passe à proximité), la concentration est largement réduite. Par ailleurs, une écoute prolongée à 95 décibels peut entraîner une perte auditive.
De la déconcentration au trouble psychologique chronique
Par-delà l’intensité sonore d’un bruit, il y a également le caractère désagréable. Et je ne parle pas cette fois-ci de voix aiguë ou de voix grave, mais de sons qui suscitent en vous le besoin irrépressible de le faire cesser sur le champ.
Certaines personnes sont plus sensibles que d’autres aux bruits de mastication de nourriture ou d’un chewing-gum, la succion dans une paille, la respiration bruyante d’une personne, la toilette baveuse d’un animal… Et j’en passe. (3)
C’est ce qu’on appelle la “misophonie”.
Certaines personnes, peut-être vous aussi, éprouvent une vive sensation de dégoût lorsqu’ils entendent les bruits corporels d’autres personnes ou animaux. La misophonie est classée en tant que trouble psychologique chronique.
Les chercheurs se sont penchés sur la question et la réponse sensorielle à ces bruits serait d’origine émotionnelle. Un tel trouble pourrait encourager les misophones à s’isoler, préférant la solitude silencieuse à la compagnie bruyante et intempestive des autres.
Avec l’incivilité sonore grandissante dans les transports en commun, je peux comprendre les misophones qui fuient les foules.
Et vous, êtes-vous sensibles aux bruits et comment vivez-vous cette sensibilité ? Je vous invite à laisser un commentaire ici.
Santé !
Mélanie Sigali
Sources :
- https://www.jneurosci.org/content/32/41/14184
- Jafari MJ, Khosrowabadi R, Khodakarim S, Mohammadian F. The Effect of Noise Exposure on Cognitive Performance and Brain Activity Patterns. Open Access Maced J Med Sci. 2019 Aug 30;7(17):2924-2931.
- https://www.frontiersin.org/journals/psychology/articles/10.3389/fpsyg.2022.894034/full
Je suis on ne peut plus d’accord avec vous, c’est insupportable tous ces gens qui vivent tous seul 😡 régulière,je demande a quelqu’un de baisser son téléphone et je passe pour un extra terrestre.l’incivilite est devenu la norme et, malheureusement,je constate qu’en grande majorité c’est toujours les mêmes ; qu’on le veuille ou non leurs façon de vivre n’est pas la nôtre! Encore dernièrement pendant qu’on attendait le RER,j’ai eu quelqu’un a côté de moi qui m’a gratifié d’un conversation en Vision,le tout avec volume bien fort😡😡😡😡Mais au delà de ça,avez vous remarqué que la musique est omniprésente dans beaucoup de lieux ? Magasins et bars et restaurants sont sonorisés,plus moyen de boire un café ou de manger tranquillement ! Je crois qu’il y a une vraie volonté » d’occuper » l’esprit des gens ; même la rue est prise d’assaut…vous avez des haut parleur qui diffuse de la musique a l’extérieur du magasin 😱Bref, c’est un vrai problème de société qui devrait être pris très au sérieux !!;
Bonjour,d’après votre lettre je suis misophone depuis toute petite !….je ne supportais pas les copines qui criaient dans la cour de récréation,à présent les sons aiguës des enfants dans les magasins me dérangent et magressent le cerveau,je fuis la foule et dans les transports je souffre en silence 🤐…j’ai maintenant 75ans et seule.je suis devenue très solitaire,et aime le silence,.je m.adapte,.
Misophonie ! Je pense que je suis misophone, en effet ! Je n’aime rien tant que le silence que je n’ai même pas trouvé ici, en Bretagne, où je vis depuis maintenant cinq ans. J’ai vécu, il y a une quarantaine d’années, dans une région de France où il n’y avait qu’un habitant au kilomètre carré… Ce fut six ans de bonheur absolu !
Bonjour,
tous ces lieux citadins envahis par le bruit, les cris, sont
hélas trop omniprésents. On peut dire que de ce point de vue c’est la façon dont le manque d’éducation, de culture, la grossièreté s’affirme le plus comme une dictature, une tyrannie.
A l’excès cela peut vraiment conduire à un fort ressentiment contre l’espèce humaine, contre ce cycle de génération qui désaprennent tout, refont les erreurs des précédentes et avec plus d’entrain encore.
Pollution : le bruit est peut-être la plus terrible des pollutions. Vive le CO2, vive l’eau, vive le soleil !
Je me reconnais dans l’article, on m’a dit que j’avais des acouphènes et qu’il n’y avait aucun traitement outre porter des appareils auditifs
étant autiste je suis très sensible au bruit et malheureusement pour moi, j’habite une maison mitoyenne à celle de mes voisins, ma voisines est gardienne d’enfants et passe son temps à crier sur eux, et le soir, c’est avec son mari qu’elle se dispute, des fois elle garde même un chien qui aboie toute la journée sans raisons, bref tout ces bruits me stresses, en plus j’ai des chats et je suis stresser pour eux aussi car j’ai peur que tout ces bruits agissent sur leur santé tout comme ils agissent sur la mienne, car je fini par être fatiguée mentalement.
tout a fait d,accord!
je me bats ts les soirs avec mon mari 70 ans pour qu,il baisse le son!
Vous avez tout a fait raison CE bruit constant et le manque de respect des autres est vraiment insupportable .en Angleterre Dans Les bus pour l aeroport IL est demande de garder la voix basse et respecter Les voisins CE serait bien de Le faire partout.tres bon article.
C’est vrai aussi : les bruits des voisins ! Nous avons choisi la vie à la campagne. Un hameau d’une douzaine de maisons. Est venue s’installer une famille avec trois chiens ! Je ne continue pas, vous avez compris…
Les voix aigues : J’écoute une formation (apprentissage d’une langue : Duolingo) sur Internet. Plusieurs voix ont été choisies pour les exercices. Une grand-mère, un homme, une femme et … un enfant criard, autoritaire et dont le timbre est trop aigu. Je me suis demandé comment les plus jeunes élèves de ce site jugeaient ce personnage le ressentent-ils comme un des leurs ?
on devrait interdire les portables dans les espaces de transports en commun./