Chère lectrice, cher lecteur,
Je me suis récemment rendue en Crète, la plus grande île grecque dont le versant sud fait face à la Libye et à l’Égypte.
Je dédie cette lettre aux somptueux délices que j’ai eu la chance d’y goûter, et surtout, à une grande (et belle surprise) : je n’y ai trouvé qu’un seul restaurant McDonald’s.
Le seul et unique restaurant McDonald’s se trouve dans la capitale de l’île, Héraklion.

L’empire de la malbouffe est certes parvenu jusqu’aux côtes les plus éloignées de la Grèce, mais pour une île qui compte près de 600 000 habitants, on pourrait s’attendre à pire.
Après quelques discussions avec les locaux, une semaine passée sur le terrain et des recherches plus approfondies, une chose était sûre :
Les Crétois en ont cure des fast-foods, hamburgers et du made in America.
Les offres de McDonald’s, Kentucky Fried Chicken (KFC), Burger King, Five Guys et autres enseignes n’ont pas de quoi séduire les palais crétois éduqués à l’huile d’olive onctueuse, aux agrumes juteux, aux fromages de chèvre corsés et au miel fleuri.
C’est sans parler des petites bananes qui poussent sur l’île. Leur arôme vif et alléchant les distingue des bananes Cavendish, très largement importées de l’autre bout du monde pour échouer sur nos étals en Europe continentale.
La Crète est le cœur battant de l’agriculture grecque.
30% de l’huile d’olive grecque est produite sur l’île, et la majorité des habitants vit de l’oléiculture. Dans chaque rue, des dizaines d’orangers et de citronniers ploient sous le poids de leurs fruits sucrés qu’aucune culture sous serre ne peut égaler.
Les Crétois sont fiers de leur terre, et ils ont bien raison.
La diversité de leur production agricole, le respect de leurs traditions culinaires et la reconnaissance des bienfaits santé du régime crétois à l’international leur permettent de garder les agents de l’impérialisme culturel américain loin de leur île.
Si la Crète, cette petite île entre deux continents, est parvenue à conserver tout son prestige culinaire…
Pourquoi la France, un pays avec une identité culinaire si affirmée, louée, jalousée et imitée partout dans le monde, compte-t-elle autant d’enseignes de fast-foods dans ses villes et ses villages ?
Que reste-t-il de nos traditions culinaires ?
Vous êtes peut-être vous aussi profondément exaspérés par l’hégémonie alimentaire de McDonald’s et d’autres chaînes de fast-food.
Vous avez sans doute déjà lu des articles scientifiques sur les méfaits sur votre santé de la nourriture servie dans ces enseignes, il n’est pas nécessaire que je vous en fasse un exposé détaillé dans cette lettre.
Je m’intéresse aujourd’hui à l’aspect culturel de ces modes de consommation à présent bien ancrés en France et dans ses pays voisins. Et j’aimerais connaître votre avis.
La folie des “tacos”, des burgers et autres monstruosités alimentaires a pris nos villes d’assaut, ces villes qui naguère abritaient des troquets pittoresques, parfois minables, parfois mémorables.
Ces établissements sur lesquels on pouvait tomber par hasard, ou grâce au guide du Routard, avaient le mérite d’être uniques en leur genre.
La décoration, la carte, l’ambiance. Ils apportaient une touche de couleur dans le portrait d’une ville nouvelle, ils laissaient un souvenir tenace, positif ou négatif, dans la mémoire des visiteurs. Je suis certaine qu’à la lecture de ces lignes, de délicieux souvenirs de vacances vous reviennent.
Je ne sais pas vous, mais je peux compter sur les doigts d’une seule main, le nombre de fois où j’ai mis les pieds dans un McDonald’s (et la majorité du temps, j’accompagnais une connaissance, sans moi-même passer commande).
Tel un fervent anticlérical qui retrousse le nez devant une église, je confesse être fière de ne pas avoir poussé les portes d’un McDonald’s plus de cinq fois dans ma vie.
Le décor clinique et l’odeur nauséabonde de graillon sont les mêmes partout dans le monde. Les néons blancs saisissent les visages des consommateurs dans une photographie disgracieuse, les écrans géants placent les serveurs fatigués à un rang superfétatoire.
Hamburgers, nuggets, frites, sodas, desserts glacés. La formule est quasiment identique partout, et ce depuis des décennies. Vous y trouverez la même offre de Chicago à Okinawa, à quelques déclinaisons près pour simuler un ancrage territorial.
Comparez alors cette expérience stérile et répétitive à la richesse d’un plat cuisiné simplement, avec des produits frais, locaux, et peu chers.
C’est l’expérience des touristes qui se rendent en Crète. Une tourte aux épinards parfumée à l’aneth, une salade fraîche de tomates, concombre et fêta, un tzatziki citronné est posé sur leur table pour quelques euros.
En plus de conserver la tradition crétoise bel et bien vivante, ils s’assurent de belles années avec un cœur en excellente forme. Riche et féconde, la Crète est le berceau du régime méditerranéen.
Vous êtes plutôt régime américain au régime méditerranéen ?
Si vous êtes abonnés à cette lettre, vous connaissez sans doute les travaux du cardiologue Michel de Lorgeril sur la diète méditerranéenne.
Il est notamment devenu très connu grâce à son étude de Lyon qui lui a permis, lui et son équipe de chercheurs, d’observer une réduction du taux de maladies coronariennes de 50% en moyenne chez les participants de l’étude (1).

L’étude de Lyon menée en 1999 par le Dr de Lorgeril sur le régime méditerranéen et les maladies cardiovasculaires.
Le régime méditerranéen, encore appelé régime crétois, est composé en majorité de légumes, de fruits, de légumineuses, de noix et de poissons frais.
Il ne s’agit pas d’une diète qui convient tous les jours à tout le monde, mais manger selon ses principes permettrait de :
- conserver un cœur en forme en limitant le risque d’AVC et d’infarctus (2) ;
- rester en vie plus longtemps et en meilleure santé (réduction de 23% de mortalité) (3) ;
- limiter les risques de diabète de type 2 et contrôler la glycémie (le taux de sucre dans le sang) (4)
- les aliments antioxydants (légumes, fruits, huile d’olive) et pourvus en oméga-3 (poissons et noix) réduisent le stress oxydatif et l’inflammation chronique, qui sont à l’origine de nombreuses maladies chroniques (5) ;
- réduire les risques de déclin cognitif, de démence et d’Alzheimer (6) ;
- rééquilibrer le microbiote intestinal et améliorer la digestion (7) ;
- de contrôler la prise de poids (8).
De bonnes raisons d’imiter les Crétois et de se mettre à la diète… méditerranéenne !
Vous avez un avis sur les traditions culinaires, l’influence grandissante des fast-foods ou bien sur le régime méditerranéen ?
Dites-le-moi dans les commentaires !
Santé !
Mélanie Sigali
P.S.: Vous l’avez bien compris, je préfère la diète méditerranéenne à la diète américaine.
Ce qui ne veut pas dire ne pas pouvoir se faire plaisir, loin de là !
J’ai découvert avec surprise que la gastronomie crétoise porte en elle de vifs accents nord-africains, en particulier quand on arrive au dessert.
Bien que peu diététiques car très sucrées, les pâtisseries recouvertes d’amandes, de noix et de miel (local !) abondent sur l’île de Minos.
Les plus gourmands d’entre vous et les amateurs de délices grecs connaissent sans doute les loukoumadès, ces petits beignets soufflés enveloppés de miel et garnis de sésame et de cannelle que l’on sert à la douzaine pour quelques euros…

Loukoumadès servis avec un café grec en Crète.
Et c’est bien meilleur qu’une glace de chez McDonald’s !
Sources :
- de Lorgeril M, Salen P, Martin JL, Monjaud I, Delaye J, Mamelle N. Mediterranean diet, traditional risk factors, and the rate of cardiovascular complications after myocardial infarction: final report of the Lyon Diet Heart Study. Circulation. 1999 Feb 16;99(6):779-85.
- Ibid.
- Ahmad S, Moorthy MV, Lee I, et al. Mediterranean Diet Adherence and Risk of All-Cause Mortality in Women. JAMA Netw Open. 2024;7(5):e2414322
- Boucher JL. Mediterranean Eating Pattern. Diabetes Spectr. 2017 May;30(2):72-76.
- Finicelli M, Di Salle A, Galderisi U, Peluso G. The Mediterranean Diet: An Update of the Clinical Trials. Nutrients. 2022 Jul 19;14(14):2956.
- Scaglione, S.; Di Chiara, T.; Daidone, M.; Tuttolomondo, A. Effects of the Mediterranean Diet on the Components of Metabolic Syndrome Concerning the Cardiometabolic Risk. Nutrients 2025, 17, 358.
- Khavandegar et al. (2024) Adherence to the Mediterranean diet can beneficially affect the gut microbiota composition: a systematic review. BMC Med Genomics Apr 17;17(1):91.
- Ligia J. Dominguez, Nicola Veronese, Giovanna Di Bella, Claudia Cusumano, Angela Parisi, Federica Tagliaferri, Stefano Ciriminna, Mario Barbagallo, Mediterranean diet in the management and prevention of obesity, Experimental Gerontology.
Très nettement la cuisine méditerranéenne, Crétoise, Grecque etc.
Je suis allée en Crète il y a un trentaine d’années, il n’y avait pas encore de McDo à Heraklion. En revanche il y avait plein de vendeurs de petites choses sympa à manger dans la rue. Cela allait des Pitas aux pistaches grillées. J’ai oublié le nom mais j’ai mangé là bas un yaourt grec avec de la cannelle accompagné d’un café grec…. j’en ai encore le goût en mémoire. et à Hania (La Canée) j’ai partagé un moment génial autour de petits poulpes grillés avec un vieux crétois -qui m’avait un peu draguée- à l’apéro sur le front de mer local.
Moi non plus je ne suis pas allée au McDO plus de 5 fois dans ma vie (et encore une fois c’était pour aller aux toilettes :)), j’ai horreur de l’odeur de ces endroits et je ne parle même pas de ce qu’ils appellent nourriture. Même quand j’étais à Los Angeles je préférais manger des churros qu’un big mac (qui me fait irrémédiablement penser à Pulp Fiction – a big mac is a big mac but they call it « le Big Mac »).
Un hamburger maison c’est bon quand c’est fait avec de bonnes choses. Ce qui n’est certainement pas le cas dans cette enseigne au M jaune (ou vert maintenant).
Bonne journée et bravo pour vos niouzletters.
Hélène
je prefere le regime méditerranéen
je préfère et de loin le regime mediterranéen
vous avez raison il faux se battre pour que les jeunes retrouvent une alimentation correcte
et pour ce faire certain restaurateur on mis à leur carte un menu anti-crise (économique) qui plaie beaucoup.
à encourager .
Idem, pas mis les pieds plus de 5x dans ce genre d’établissements. Je pense qu’avant tout c’est 1 question de sensibilité : manger avec goût – délicatesse pour se nourrir et non pour ´ bouffer ´ – aussi pour savourer les différentes saveurs entrant dans la composition sans parler du savoir-faire. Tout un art de vivre : l’occasion de partager ses appréciations.
J’habite un village en campagne. A 20mn de la ville.
Nous avions autour de chez nous, des bistrots, un brasserie, et quelques petits restaurants, ou nous pouvions commander » Le plat du jour » préparé avec des produits locaux, fait maisons. Pour le plaisir , les ados appreciaient le hamburger maison de temps en temps.
Une sortie au petit restaurant, était un petit moment convivial, agréable, qui réjouissait notre humeur et nos papilles, en faisant vivre nos artisans et agriculteurs locaux.
L’année dernière, ils ont ouvert un KFC.
Ici la , a la sortie du village. Juste à coté du bistrot…
Depuis, les jeunes ( et moins jeunes) ont pris l’habitude de se rejoindre au KFC.
Cela me désole.
Pour le même prix , ils vont manger… ça
Au bout de 3heures, ils ont faim.
Mais j’ai l’impression qu’il est difficile de lutter contre le » succés » de ces fast food..
Malheureusement
Bonjour, Tout-à-fait d’accord avec vous. Je n’ai jamais mis les pieds dans ce genre d’établissement et n’ai pas l’intention du tout d’y aller. Je préfèrerais à la rigueur m’acheter une baguette blanche et la manger sans accompagnement plutôt que de goûter à leurs plats infâmes. J’aime les choses qui ont du goût et qui ne rendent pas malades. Merci pour vos lettres.