Chère lectrice, cher lecteur,
Dans ma précédente lettre consacrée au lien entre la consommation d’œufs et la maladie d’Alzheimer (vous pouvez la retrouver ici), j’avais laissé de côté la question du cholestérol et de la santé cardiovasculaire.
Vous avez été plusieurs à manifester votre intérêt pour ce sujet. Guillaume m’a notamment posé une question toute simple : « Le cholestérol est-il un lipide ? »
Le cholestérol, c’est quoi exactement ?
Pour répondre à la question de Guillaume : oui, le cholestérol est bien un lipide, mais il appartient à une famille particulière, celle des stérols.
Pour comprendre ce qui le distingue des autres lipides, prenons l’exemple des graisses que nous consommons au quotidien, comme l’huile d’olive ou le beurre. Elles sont principalement constituées de triglycérides, que notre organisme peut utiliser pour produire de l’énergie ou faire des réserves.
Le cholestérol, lui, ne sert pas de carburant. Il joue plutôt le rôle d’un matériau de construction : notre corps l’utilise pour fabriquer les membranes qui entourent nos cellules, mais aussi certaines hormones et d’autres substances indispensables à son fonctionnement.
Mais ce n’est pas là le plus surprenant…
Votre corps fabrique lui-même son cholestérol !
Même si vous ne mangiez aucun aliment contenant du cholestérol, vous en auriez toujours dans votre organisme, car votre corps est capable de le fabriquer lui-même !
Cette production se fait principalement dans le foie. Elle permet à notre organisme de disposer du cholestérol dont il a besoin, indépendamment de ce que nous mangeons.
C’est donc dire l’importance de cette substance ! Car le cholestérol intervient notamment dans :
- La structure de nos cellules : il assure la stabilité et la souplesse de leurs membranes, et contribue à leur bon fonctionnement.
- Le fonctionnement du système nerveux : il entre dans la composition des neurones et de la myéline, cette gaine qui facilite la transmission des messages nerveux.
- La fabrication des hormones : notamment les hormones sexuelles (œstrogènes, testostérone) et le cortisol.
- La production de vitamine D : un dérivé du cholestérol présent dans la peau se transforme sous l’action du soleil.
- La digestion des graisses : il sert à fabriquer les acides biliaires, indispensables à leur digestion et à leur absorption.
Mais si le cholestérol est si important pour notre organisme, pourquoi s’inquiète-t-on lorsqu’on en a trop dans le sang ?
Pour le comprendre, il faut distinguer deux termes que vous avez certainement déjà rencontrés sur vos analyses sanguines : le LDL et le HDL.
HDL et LDL : quelle différence entre le « bon » et le « mauvais » cholestérol ?
Contrairement à ce que ces expressions laissent penser, il n’existe pas deux sortes de cholestérol. Le cholestérol est toujours la même substance. Ce qui change, c’est la manière dont il circule dans notre sang.
Comme il ne se dissout pas dans le sang, il doit être transporté par des particules appelées lipoprotéines. Imaginez des véhicules chargés de livrer du cholestérol aux différents organes.
Il en existe deux grandes catégories :
- Le LDL (lipoprotéine de basse densité) transporte le cholestérol dans le sang et permet notamment de l’acheminer vers les tissus qui en ont besoin. Mais lorsqu’il est en excès, une partie peut pénétrer dans la paroi des artères et y rester piégée. Il contribue alors à la formation de plaques qui, avec le temps, peuvent rétrécir les artères et favoriser les accidents cardiovasculaires. D’où son surnom de « mauvais cholestérol ».
- Le HDL (lipoprotéine de haute densité) participe au trajet inverse : il récupère une partie du cholestérol présent dans les tissus pour le ramener vers le foie, où il pourra être réutilisé ou éliminé. C’est pourquoi on l’appelle le « bon cholestérol ».
Vous comprenez maintenant pourquoi il ne suffit pas de connaître son taux de cholestérol total. Deux personnes peuvent avoir exactement le même taux, mais des quantités très différentes de LDL et de HDL.
On utilise parfois le rapport LDL/HDL pour apprécier cet équilibre : plus il est élevé, plus la proportion de LDL par rapport au HDL est importante.
Mais attention : un taux élevé de HDL ne protège pas automatiquement contre les maladies cardiovasculaires et ne compense pas les risques liés à un excès de LDL. La quantité de LDL présente dans le sang reste donc un indicateur important du risque cardiovasculaire.
Pourquoi les œufs ne font pas forcément grimper votre cholestérol
Revenons donc à nos œufs et à leur teneur en cholestérol.
Un gros œuf en contient environ 200 mg, soit les deux tiers de la limite de 300 mg par jour longtemps recommandée pour prévenir les maladies cardiovasculaires[1] (on comprend mieux pourquoi les œufs ont longtemps été montrés du doigt !).
Mais cette limite a depuis été abandonnée aux États-Unis, car le cholestérol que nous mangeons ne se retrouve pas automatiquement dans notre sang.
Souvenez-vous : notre organisme fabrique lui-même du cholestérol. Or, cette production n’est pas fixe. Lorsque nous en apportons davantage par l’alimentation, notre corps peut ralentir sa propre fabrication pour compenser une partie de cet apport.
C’est ce qu’ont observé des chercheurs américains dans une étude publiée en 2018 : chez 30 jeunes adultes en bonne santé, la consommation de trois œufs par jour pendant quatre semaines s’est accompagnée d’une diminution des marqueurs de fabrication du cholestérol par l’organisme[2].
Cela ne signifie pas que les œufs n’ont aucun effet sur le cholestérol sanguin. Dans cette même étude, les taux de LDL et de HDL ont tous deux augmenté. Par ailleurs, cette capacité de compensation varie d’une personne à l’autre.
Et les graisses saturées dans tout ça ?
Si vous surveillez votre taux de cholestérol, vous faites peut-être aussi attention au fromage, à la charcuterie ou au beurre, tous riches en graisses saturées.
Et vous avez raison d’y prêter attention : les graisses saturées peuvent faire augmenter le LDL davantage que le cholestérol alimentaire lui-même.
Une étude australienne publiée en 2025 a justement cherché à distinguer ces deux effets[3].
Les chercheurs ont comparé trois régimes alimentaires chez 61 adultes, dont l’un comprenait deux œufs par jour, mais peu de graisses saturées. Résultat : ce régime a entraîné un taux de LDL plus faible que le régime témoin, pourtant beaucoup moins riche en œufs, mais plus riche en graisses saturées.
Autrement dit, si vous surveillez votre cholestérol, la quantité de graisses saturées que vous consommez mérite davantage votre attention que le cholestérol alimentaire.
J’espère que cette lettre vous aura permis d’y voir un peu plus clair sur le cholestérol et, peut-être, de regarder les œufs d’un autre œil !
Y a-t-il quelque chose qui vous a surpris ? Ou des questions auxquelles je n’ai pas répondu ? N’hésitez pas à me les poser en commentaire.
Bien à vous,
Samira Leroux
Sources :
[1] 2015 Dietary Guidelines Advisory Committee. « Scientific Report of the 2015 Dietary Guidelines Advisory Committee ». Advisory Report to the Secretary of Health and Human Services and the Secretary of Agriculture, 2015, disponible sur https://www.dietaryguidelines.gov/sites/default/files/2019-05/Scientific-Report-of-the-2015-Dietary-Guidelines-Advisory-Committee.pdf
[2] Lemos BS, et al. « Intake of 3 Eggs per Day When Compared to a Choline Bitartrate Supplement, Downregulates Cholesterol Synthesis without Changing the LDL/HDL Ratio ». Nutrients. 2018;10(2):258. DOI : 10.3390/nu10020258.
[3] Carter S, et al. « Impact of dietary cholesterol from eggs and saturated fat on LDL cholesterol levels: a randomized cross-over study ». The American Journal of Clinical Nutrition. 2025;122(1):83–91. DOI : 10.1016/j.ajcnut.2025.05.001.