Chère amie, cher ami,
Nous nous approchons doucement de l’hiver, avez-vous allumé vos chauffages ?
Si vous vivez dans des régions particulièrement froides en automne et en hiver, je suppose que oui.
Ou même dans une région plus chaude, peut-être que vous ne supportez pas la fraîcheur saisonnière, ce qui est bien compréhensible.
Pour ma part, j’habite dans les Alpes (et non pas dans ma région natale près de Marseille) et il fait 3 degrés à l’heure où je vous écris.
Pourtant, je m’efforce de ne pas allumer mon chauffage.
Il ne s’agit pas d’une raison économique, je n’économise rien : nous bénéficions d’un chauffage central qui assure une température de confort entre 20 et 23 degrés.
Sans chauffage, la température de mon appartement est d’environ 18 degrés.
Il est vrai que ce n’est pas une température de confort. Je ne reste pas en t-shirt (mais en automne, cela aurait-il vraiment du sens ?)
Pour me tenir chaud le soir, j’utilise mes pyjamas “d’hiver” et… mon métabolisme entraîné à ces températures depuis des années.
Nos “anciens” ne se chauffaient pas autant que nous, et ils faisaient bien
Pensez à nos aïeux, ils se chauffaient beaucoup moins que nous. Ils étaient bien moins habitués au confort que nous le sommes, et ils avaient raison.
Ne pas céder au confort de la modernité est une stratégie de longévité qui mérite d’être transmise aux plus jeunes générations.
Si la majorité d’entre nous est habituée à l’instantanéité du confort, au soulagement quasi immédiat qui suit une légère sensation de faim ou de froid, nous gagnerions peut-être à revenir à un mode de vie sur le point de disparaître.
La science le prouverait.
Prenez les résultats de cette étude menée en 2014 (1) pendant quatre mois.
J’ouvre ma démonstration avec cette étude en précisant qu’elle a été menée sur un groupe réduit de cinq hommes en bonne santé (échantillon qui est loin de représenter la population humaine).
Les conclusions de l’étude sont néanmoins intéressantes, malgré ce nombre limité de participants.
Après avoir dormi dans une chambre à 19 degrés pendant un mois, ces hommes ont vu leur volume de graisse brune augmenter de 42%. Je vous explique ce dont il s’agit dans un instant.
De plus, leur sensibilité à l’insuline après les repas s’était également améliorée.
En d’autres termes, ces hommes ont augmenté leur capacité à brûler des calories (et s’exposent moins à des risques d’obésité). Ils ont aussi réduit leur taux de sucre sanguin et ont protégé leur système cardiovasculaire.
Tout ça, en ne dormant qu’un seul mois à 19 degrés.
Imaginez les conséquences que cette habitude pourrait avoir si vous l’adoptiez toute l’année…
Cet hiver, exploitez tout votre potentiel graisseux
Je vais peut-être vite en besogne en vous parlant des bienfaits de la graisse brune.
Toutes les graisses ne se valent pas, et je ne vous parle pas de cuisine.
En quelques mots, si votre graisse blanche sert à stocker l’énergie, elle est plus “passive” que votre graisse brune.
Et même si la quantité de graisse brune est marginale dans le corps d’un adulte (moins de 1% du poids corporel, en comparaison avec la graisse blanche qui représente plus de 99%), il est important d’en avoir le plus possible.
Pour les nouveau-nés, la graisse brune représente jusqu’à 5% de leur poids total, comme chez la plupart des jeunes mammifères à la naissance.
Ils en ont particulièrement autour de leur nuque et dans le haut du dos pour les protéger du froid, car ils ne savent pas encore réguler leur température par le frisson.
Passons à présent à vous qui lisez cette lettre sur les types de graisses et la température de votre maison…
Voici de quelle graisse vous vous chauffez :
- la graisse blanche, votre réserve, représente la majorité de votre graisse corporelle, elle contribue à l’obésité si elle est présente en excès, elle a une fonction de stockage de l’énergie sous forme de triglycérides pour les périodes de manque et d’isolation thermique des organes ;
- la graisse brune, votre radiateur, sert à produire de la chaleur pour maintenir le corps à la bonne température. Ses cellules sont majoritairement composées de mitochondries, qui brûlent les graisses et le glucose ;
- la graisse beige, votre potentiel transformable (de la blanche à la brune) notamment grâce à l’exposition à des températures plus fraîches chez vous.
Preuve en est : une étude du Journal of Clinical Investigation a prouvé qu’une exposition quotidienne d’au moins 2 heures à 17 degrés pendant 6 semaines a augmenté l’activité de la graisse brune (et donc, la dépense énergétique liée au froid) et a réduit la masse grasse (2).
En choisissant de ne pas augmenter le thermostat, ou de laisser votre radiateur éteint la nuit, vous augmentez vos chances de transformer votre graisse beige en graisse brune.
De ce fait, votre “bonne” graisse vous aidera à perdre du poids “sans rien faire” (ou presque) !
Mon grand-père dormait peu, mais bien
Un environnement plus frais permet d’activer votre métabolisme et de brûler les graisses plus facilement. Certes.
Mais il vous permet surtout de mieux vous concentrer pendant la journée et de mieux dormir la nuit.
La température idéale pour votre maison réside entre 18 et 21 degrés (5), votre chambre à coucher devant être plus fraîche que le reste de votre habitat.
Ce point est particulièrement important, ce qui me permet de partager un souvenir d’enfance avec vous.
Quand j’étais enfant et que je rendais visite à mes grands-parents près de Marseille, j’entrais parfois dans “la pièce interdite” qu’était leur chambre à coucher.
Dès que j’entrouvrais la porte pour m’insérer discrètement dans la chambre sombre, la fraîcheur de la pièce me surprenait. Cinq degrés, sinon plus, séparaient cet espace sacré du sommeil du reste de la maison.
Mon grand-père dormait peu, mais bien. Il ne lisait pas les revues scientifiques et les vidéos YouTube sur le sommeil n’existaient pas encore, mais il savait ce qui était bon pour lui.
Il savait que pour bien dormir, en été comme en hiver, il fallait dormir au frais…
… avec une bonne literie et des bons habits !
La fourchette idéale sur laquelle les études scientifiques s’accordent serait entre 16 et 19 degrés (3).
Couvrez-vous avec une ou deux couettes bien douillettes et un pyjama ample et confortable… et ne chauffez pas votre chambre à l’excès cet hiver !
Et pendant la journée, le bon choix de température peut vous aider à mieux vous concentrer. De nombreuses études convergent vers une tranche optimale pour la concentration entre 20 et 22 degrés (4).
Ce qui est important, c’est avant tout de bien vous sentir et d’évaluer votre propre zone de confort à l’aune de ces éclairages scientifiques.
Je suis curieuse de lire vos avis, à quelle température vous sentez-vous le mieux chez vous ? Dormez-vous au frais ou aimez-vous une chambre bien chauffée ?
Santé !
Mélanie Sigali
Sources :
- Lee P, Smith S, Linderman J, Courville AB, Brychta RJ, Dieckmann W, Werner CD, Chen KY, Celi FS. Temperature-acclimated brown adipose tissue modulates insulin sensitivity in humans. Diabetes. 2014;63(11):3686-3698. doi:10.2337/db14-0513
- Yoneshiro T, Aita S, Matsushita M, Kayahara T, Kameya T, Kawai Y, Iwanaga T, Saito M. Recruited brown adipose tissue as an antiobesity agent in humans. J Clin Invest. 2013;123(8):3404-3408. doi:10.1172/JCI67803
- Okamoto-Mizuno K, Mizuno K. Effects of thermal environment on sleep and circadian rhythm. J Physiol Anthropol. 2012;31:14. doi:10.1186/1880-6805-31-14
Note : la fourchette 16-19 °C est une recommandation des organismes du sommeil (Sleep Foundation, Cleveland Clinic), pas un consensus issu d’essais. Cette revue soutient l’idée générale, pas le chiffre exact. - Seppänen O, Fisk WJ, Lei QH. Room temperature and productivity in office work. In: Proceedings of Healthy Buildings 2006; Lisbonne, Portugal. Vol. 1. p. 243-247. LBNL-60952.
- World Health Organization. WHO Housing and Health Guidelines. Chapitre 4 : Low indoor temperatures and insulation. Genève : OMS ; 2018.