Vous reprendrez bien un peu de plastique avec votre eau minérale ?

Shutterstock, Oporty786

Chère lectrice, cher lecteur,

La qualité de l’eau que nous buvons au robinet laisse souvent à désirer de nos jours. On y trouve de nombreux composants qui n’ont rien à y faire :

  • métaux lourds ;
  • pesticides ;
  • nitrates ;
  • micro-organismes ;
  • bactéries ;
  • contaminants divers…

C’est la raison pour laquelle on propose aujourd’hui sur le marché divers systèmes d’épuration, des carafes filtrantes aux filtres à charbon[1].

On entend de plus en plus souvent dire qu’à cause de la dégradation de la qualité de l’eau courante dans certaines régions, il vaudrait mieux renoncer à boire l’eau du robinet et lui préférer l’eau en bouteille.

Les eaux minérales, en effet, sont puisées profondément dans le sol, là où on peut espérer trouver une eau exempte de microbes et préservée au mieux des effets nocifs de l’activité humaine.

Et pourtant… si le remède était pire que le mal ?

L’industrie de l’eau en bouteille présente un inconvénient majeur : la très grosse majorité de la production stocke et vend l’eau dans des contenants en plastique.

Cela fait plusieurs années que des études nous alertent sur les dangers qu’il y a à boire de l’eau embouteillée dans du plastique. Ainsi en 2013 la revue 60 millions de consommateurs relevait des traces de médicaments, de pesticides et d’herbicides dans un grand nombre de marque d’eaux minérales.

On apprenait par exemple que dans plusieurs grandes marques d’eaux minérales françaises (Vittel, Volvic, Hépart, Salvetat, Mont Roucous, Cristaline, Cora, Saint-Yorre, etc.) on avait détecté des traces de taxomifène, un médicament hormonal utilisé pour traiter le cancer du sein[2] !

Shutterstock, yanik88

Et si c’était le contenant qui contaminait le contenu ?

Si cet article, et d’autres qui allaient suivre, s’inquiétaient de la qualité de l’eau en soi, ils ont ouvert la voie à d’autres recherches qui, elles, se sont intéressées à la contamination de l’eau après son embouteillage. On a alors découvert que le contenant pouvait influer sur le contenu.

En cause ? Les microplastiques, des particules de plastique dont la taille varie entre 5 millimètres et quelques centaines de nanomètres. Les plus petites d’entre elles ont une taille 70 fois inférieure à l’épaisseur d’un cheveu[3] !

Mais cela n’était rien encore en comparaison avec la nouvelle étude que la revue Proceedings of the National Academy of Sciences vient de publier en ce mois de janvier[4]. Il n’est plus question ici des microparticules de plastique mais des nanoparticules… De quoi s’agit-il ?

De particules de moins d’un micromètre, soit un milliardième de mètre !

Vous me direz que si c’est si petit, si microscopique (nanoscopique, pour être exact !), ce n’est sûrement pas très grave, qu’il s’agit de minuscules points de détail bien moins préoccupants que des particules de taille plus importante.

Or c’est tout le contraire : c’est précisément leur taille infinitésimale qui rend si redoutables ces nanoplastiques.

Ceux-ci sont si petits qu’ils peuvent, contrairement aux microplastiques, traverser vos poumons, se mêler à votre sang et voyager même jusqu’à votre cerveau ! Le danger est particulièrement préoccupant pour les femmes enceintes, le fœtus risquant de se retrouver imprégné de ces nanoplastiques via le placenta.

Le problème de ces particules de plastique, c’est qu’elles sont invisibles à l’œil nu !

Avez-vous déjà entendu parler du microscopie à diffusion Raman stimulée ? C’est la nouvelle technologie de pointe grâce à laquelle des chercheurs de l’Université de Columbia ont découvert que les microparticules étudiées jusqu’ici dans l’eau en bouteille n’étaient que l’arbre cachant la forêt.

En ne ciblant que sept types de plastique au moyen d’un algorithme sélectif, ils ont identifié, dans l’eau de trois grandes marques vendues aux Etats-Unis, jusqu’à 370 000 particules de plastique par litre ! Soit dix à cent fois plus que les estimations antérieures, lesquelles se basaient uniquement sur le nombre des microplastiques, les particules plus petites n’étant pas perceptibles par les instruments de mesure.

Shutterstock, photka

Les sept types de plastique étudiés n’étant qu’un échantillonnage de tous ceux dont on peut trouver la trace dans l’eau en bouteille, certains observateurs vont jusqu’à estimer que chaque litre d’eau pourrait contenir des dizaines de millions de particules plastique ![5]

D’où vient cette pollution ? Il semble y avoir plusieurs sources :

  • le processus industriel de filtrage ;
  • le processus industriel d’embouteillage ;
  • les bouchons (qui libèrent de minuscules particules de plastique à chaque fois qu’on les tourne, qu’on les ouvre ou qu’on les ferme) ;
  • le contact de l’eau avec la bouteille.

Le premier point mérite qu’on en dise un mot car on a affaire à une de ces aberrations logiques comme seule la grande industrie sait en produire.

Les producteurs d’eau minérale utilisent des filtres pour purifier l’eau avant de la mettre en bouteille. Or ces filtres, au contact de l’eau, y déposent de fines particules de polyamide, une sorte de nylon.

Autrement dit l’instrument même censé servir à purifier l’eau contribue à sa contamination par des composés plastique !

On a détecté en moyenne, dans les marques étudiées, 240 000 nanoparticules de plastique par litre d’eau !

Si des recherches plus approfondies restent à mener sur les conséquences de l’ingestion de plastique par notre organisme, on peut déjà sans trop s’avancer partir du principe que ce n’est sûrement pas très sain !

Parmi les particules problématiques on trouve entre autres des phtalates, des bisphénols, et, plus généralement, des perturbateurs endocriniens, qui sont des substances chimiques altérant les hormones dans notre corps.

Shutterstock, Dejan Dundjerski

Boire de l’eau sans s’empoisonner : c’est possible ?

Oui, heureusement !

Commencez par limiter tant que faire se peut votre exposition à cette pollution plastique. Par exemple en faisant des choix éclairés dans les types d’eau que vous buvez au quotidien.

Deux options principales s’offrent à vous :

  • boire l’eau du robinet ;
  • acheter de l’eau vendue dans des bouteilles en verre.

La qualité de l’eau du robinet diffère beaucoup d’une région de France à l’autre. Vous pouvez obtenir auprès des municipalités et des fournisseurs locaux d’eau des bulletins de qualité.

Vous pouvez également avoir accès aux résultats, région par région, du contrôle sanitaire de la qualité de l’eau potable, sur cette page officielle du site du gouvernement : https://sante.gouv.fr/sante-et-environnement/eaux/eau

Si la qualité de l’eau de votre région ne vous paraît pas satisfaisante, vous pouvez opter pour de l’eau vendue dans des bouteilles en verre. Ça n’empêche pas l’eau de contenir d’éventuels contaminants mais ça diminue significativement les risques de contamination par les perturbateurs endocriniens bisphénols et les phtalates.

Les bouteilles en verre présentent en outre un autre avantage, d’ordre environnemental : elles sont presque systématiquement recyclées.

N’étant pas produites à base de pétrole, le coût carbone nécessaire à leur fabrication est beaucoup moins élevé que celui des bouteilles en plastique. Ces dernières, pour rappel, sont à la source d’une pollution catastrophique, plus de 25 millions de bouteilles en plastique étant jetées chaque année.

Shutterstock, NewFabrika

Si vous ne pouvez pas vous procurer de l’eau embouteillée en verre, tâchez au moins de limiter les dégâts en optant pour les contenants en plastique les moins nocifs.

Il existe en effet des différences notables entre les différents types de plastiques utilisés par l’industrie. Les plastiques classés type 2 ou type 5 constituent un moindre mal en comparaison à d’autres qui présentent plus de risques. Ces plastiques « un peu moins mauvais » sont ceux que vous trouverez par exemple dans les bouteilles d’Évian.

Par ailleurs, quel que soit le type de plastique dont sont faites vos bouteilles d’eau, il y a quelques règles de sécurité simples à suivre pour réduire le nombre de particules plastique :

  1. Soyez précautionneux lorsque vous vissez ou dévissez le bouchon, faites-le doucement et le moins fréquemment possible
  2. N’exposez pas vos bouteilles au soleil ou près d’une source de chaleur (surtout à une température de plus de 30°C)
  3. Ne réutilisez pas vos bouteilles en plastique après un premier usage: un test a révélé que les bouteilles et gourdes en plastique réutilisables contiendraient 60 % de pathogènes – soit davantage que dans la cuvette de vos toilettes ![6]

Pour ma part je consomme l’eau courante, laquelle est assez saine dans ma région, et il m’arrive même de la puiser directement dans une des douze fontaines de mon village, toutes alimentées par la même station que celle qui dessert les foyers. Par mesure de sécurité il m’arrive de la passer au filtre à charbon puis – avant de la mettre au frigo pour pouvoir la boire bien fraiche – de l’embouteiller… dans des récipients en verre !

Salutations désaltérantes,

François Renart

PS : « Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse » disait Alfred de Musset dans sa pièce La Coupe et les lèvres. Eh bien non, le flacon compte ! Et si celui-ci est en plastique, l’ivresse risque de vous valoir bien plus qu’un mal de tête passager !

On sait qu’aujourd’hui, à cause des ravages des industries du plastique, on en trouve des particules absolument partout :

  • dans l’air que nous respirons ;
  • dans les sols que nous cultivons ;
  • dans les océans ;
  • dans la glace des pôles…

Partout !

C’est un problème crucial de santé publique qui se pose désormais pour toutes les formes de vie qui évoluent sur notre planète et qui appellera demain des réponses fortes et volontaires des autorités.

A condition bien sûr que de nouveaux moyens technologiques de purification du biotope soient découverts, vaste chantier scientifique qui n’en est encore qu’à ses balbutiements.

Pour ce qui est de l’eau minérale, je vous recommanderais pour terminer la marque Chatêldon, qui est une des rares marques à vendre exclusivement des bouteilles en verre recyclable[7].

Les fabricants qui ont fait le choix d’embouteiller leur eau dans du verre sont en effet encore très minoritaires, même si on peut espérer que la prise de conscience des dangers du plastique poussera l’industrie à réagir.


Sources :

[1] Guillaume Feelgood, « Est-il vraiment mauvais de boire l’eau du robinet ? », in. Secrets de nutrition n°43, décembre 2023

[2] https://www.60millions-mag.com/2013/03/25/qualite-de-l-eau-potable-difficile-d-echapper-aux-polluants-7854

[3] Le problème est exposé notamment dans cette étude : https://www.frontiersin.org/articles/10.3389/fchem.2018.00407/full

[4] https://www.pnas.org/doi/10.1073/pnas.2300582121

[5] Nathalie Mayer, « Vous buvez des centaines de nanoplastiques dans chaque litre d’eau en bouteille ! », in. Futura, 8 janvier 2024 – https://www.futura-sciences.com/sante/actualites/nutrition-vous-buvez-centaines-milliers-nanoplastiques-chaque-litre-eau-bouteille-70530/

[6] https://www.treadmillreviews.net/water-bottle-germs-revealed-2019/

[7] https://www.eauxdeprestige.com/chateldon-eau-gazeuse-exception/ Pour plus de conseils avisés pour vos choix d’eaux minérales, je vous renvoie à l’article de Louise Labrunie, « 27 eaux minérales : lesquelles choisir pour votre santé ? », in. Le Bon Choix Santé n°1, juillet 2019

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