Chère lectrice, cher lecteur,
Et si certains de vos problèmes de peau étaient plutôt… des problèmes de foie ?
Près d’un adulte sur quatre dans les pays occidentaux serait concerné par la maladie du foie gras[1] – ou, de son nom savant, stéatose hépatique non alcoolique – une accumulation de graisse dans le foie liée à une alimentation excessivement sucrée, transformée, et à la sédentarité.
Comme la maladie ne provoque aucun symptôme pendant des années, de nombreuses personnes ignorent qu’elles sont concernées. Mais la peau, elle, peut parfois donner des indices.
Voici 3 problèmes de peau qui peuvent révéler l’état de votre foie.
Les signaux précoces d’une maladie du foie
Avant que le foie ne soit vraiment malade, un dérèglement silencieux s’installe en amont : les cellules du corps deviennent moins sensibles à l’insuline – l’hormone qui régule le taux de sucre dans le sang.
Le pancréas compense alors en produisant davantage d’insuline… jusqu’à ce que ce mécanisme se grippe. C’est ce que l’on appelle la résistance à l’insuline, et c’est précisément le terrain qui nourrit la maladie du foie gras[2].
Or cette résistance peut laisser des traces visibles sur la peau. Ce ne sont pas des signaux spécifiques au foie gras, mais leur présence doit alerter et pousser à consulter.
1. Les taches sombres dans les plis (acanthosis nigricans)
L’acanthosis nigricans se manifeste par des plaques de peau sombre, épaisse, à texture veloutée, qui apparaissent dans les plis du corps : la nuque, les aisselles, l’aine, parfois le coude. Elles ne font pas mal, ne démangent généralement pas, et beaucoup de gens les attribuent – à tort – à un simple problème de pigmentation ou d’hygiène.
Le mécanisme est bien établi : l’excès d’insuline stimule les récepteurs des kératinocytes (les cellules de la peau), provoquant leur prolifération excessive et ce noircissement caractéristique[3].
C’est donc la peau qui vous dit que votre pancréas travaille trop pour compenser une résistance à l’insuline.
2. Les petits appendices cutanés : acrochordons
Ce sont ces petites excroissances de peau, souvent dans les plis du cou, sous les bras, ou sur les paupières. On les appelle aussi molluscum pendulum ou, en langage courant, « fibromes mous ».
Bénins en eux-mêmes, ils sont eux aussi associés à la résistance à l’insuline. Une étude a montré que leur présence combinée à l’acanthosis nigricans peut trahir un dérèglement métabolique[4].
3. Le psoriasis
Une méta-analyse portant sur près de 250 000 patients avec psoriasis a montré que ces patients ont presque deux fois plus de risque de développer une maladie du foie gras que la population générale[5].
Et la relation fonctionne dans les deux sens : avoir un foie gras augmente également le risque de développer un psoriasis[6].
Les deux maladies partagent un terrain commun :
- un terrain inflammatoire chronique de bas grade
- une résistance à l’insuline
- et un stress oxydatif.
C’est pourquoi elles se nourrissent mutuellement. Si vous souffrez de psoriasis, demandez donc à votre médecin de surveiller votre foie.
Bonne nouvelle : le foie gras est réversible
La bonne nouvelle est que la maladie du foie gras est réversible. Une perte de poids de 7 à 10 % du poids corporel suffit, dans de nombreux cas, à réduire significativement la stéatose et l’inflammation[7].
Pas besoin d’un régime drastique. Les changements qui ont fait leurs preuves sont simples :
Réduire les sucres rapides et les produits ultra-transformés. C’est le levier le plus puissant — le fructose en particulier, ajouté dans les sodas, jus de fruits et produits sucrés, favoriserait directement l’accumulation de graisse dans le foie[8].
Augmenter les fibres. Une étude sur près de 4 000 personnes a montré que celles qui consommaient le plus de fibres avaient 19 % moins de chance de développer une maladie du foie gras que celles qui en consommaient le moins[9]. Légumes, légumineuses, céréales complètes… les bienfaits des fibres s’expliquent par la perte de poids qu’elles entraînent.
Bouger régulièrement. Une méta-analyse montre que l’exercice améliore les marqueurs de la fonction du foie chez les patients atteints de la maladie du foie gras[10] — qu’il s’agisse d’exercice aérobique (marche rapide, vélo, natation, course) ou de musculation. L’Association Européenne pour l’Étude du Foie recommande 150 à 200 minutes par semaine d’intensité modérée — soit environ 30 minutes par jour. La régularité est plus importante que l’intensité.
Limiter l’alcool – idéalement l’éviter. La maladie du foie gras n’est pas causée par l’alcool, mais une revue systématique montre que même une consommation d’alcool modérée est associée à une aggravation des lésions hépatiques chez les personnes atteintes de la maladie du foie gras[11].
Si vous êtes concerné par certains des signaux décrits dans cette lettre, parlez-en à votre médecin.
Et si vous souhaitez être guidé pour prendre soin de votre foie, je vous invite à découvrir la Méthode « Détox du foie en 12 semaines » du Dr Allouche (médecin spécialiste des maladies du foie).
Bien à vous,
Sources :
[1] Younossi, Zobair M et al. “Global epidemiology of nonalcoholic fatty liver disease-Meta-analytic assessment of prevalence, incidence, and outcomes.” Hepatology (Baltimore, Md.) vol. 64,1 (2016): 73-84. doi:10.1002/hep.28431[2] Palma, Rossella et al. “The Role of Insulin Resistance in Fueling NAFLD Pathogenesis: From Molecular Mechanisms to Clinical Implications.” Journal of clinical medicine vol. 11,13 3649. 24 Jun. 2022, doi:10.3390/jcm11133649[3] Callanan, Niamh, and Neil Wright. “Single-centre case-control study investigating the association between acanthosis nigricans, insulin resistance and type 2 diabetes in a young, overweight, UK population.” BMJ paediatrics open vol. 6,1 (2022): e001574. doi:10.1136/bmjpo-2022-001574[4]Barbato, Mariana Tremel et al. “Association of acanthosis nigricans and skin tags with insulin resistance.” Anais brasileiros de dermatologia vol. 87,1 (2012): 97-104. doi:10.1590/s0365-05962012000100012[5] Bellinato, F et al. “Risk of non-alcoholic fatty liver disease in patients with chronic plaque psoriasis: an updated systematic review and meta-analysis of observational studies.” Journal of endocrinological investigation vol. 45,7 (2022): 1277-1288. doi:10.1007/s40618-022-01755-0[6] Gau, Shuo-Yan et al. “Bidirectional Association Between Psoriasis and Nonalcoholic Fatty Liver Disease: Real-World Evidence From Two Longitudinal Cohort Studies.” Frontiers in immunology vol. 13 840106. 16 Feb. 2022, doi:10.3389/fimmu.2022.840106[7] Vilar-Gomez, Eduardo et al. “Weight Loss Through Lifestyle Modification Significantly Reduces Features of Nonalcoholic Steatohepatitis.” Gastroenterology vol. 149,2 (2015): 367-78.e5; quiz e14-5. doi:10.1053/j.gastro.2015.04.005[8] Liu, Wenqi et al. “Meta-analysis of the association between major foods with added fructose and non-alcoholic fatty liver disease.” Food & function vol. 14,12 5551-5561. 19 Jun. 2023, doi:10.1039/d3fo00882g[9] Zhu, Yu et al. “Dietary fiber intake and non-alcoholic fatty liver disease: The mediating role of obesity.” Frontiers in public health vol. 10 1038435. 6 Jan. 2023, doi:10.3389/fpubh.2022.1038435[10] Hejazi, Keyvan, and Daniel Hackett. “Effect of Exercise on Liver Function and Insulin Resistance Markers in Patients with Non-Alcoholic Fatty Liver Disease: A Systematic Review and Meta-Analysis of Randomized Controlled Trials.” Journal of clinical medicine vol. 12,8 3011. 20 Apr. 2023, doi:10.3390/jcm12083011[11] Jarvis, Helen et al. “Does moderate alcohol consumption accelerate the progression of liver disease in NAFLD? A systematic review and narrative synthesis.” BMJ open vol. 12,1 e049767. 4 Jan. 2022, doi:10.1136/bmjopen-2021-049767