Chère lectrice, cher lecteur,
Il y a 2 mois, j’ai vécu un épisode de sinusite dont je me serais bien passée.
Tout a commencé comme un rhume banal, puis ça a dégénéré. J’ai souffert d’intenses douleurs au visage et de fièvre pendant plusieurs jours.
Les remèdes naturels (vitamine C à haute dose, huiles essentielles, inhalations, rinçages nasaux, propolis…) n’ont été d’aucune efficacité. Résignée, je suis allée chez mon médecin, qui m’a prescrit une prise de sang et un test PCR.
Il aura fallu un antibiotique pour en venir à bout : c’est une bactérie qui avait colonisé mes sinus.
Ce n’est pas la première fois : mes rhumes ont cette fâcheuse tendance à se compliquer en sinusite.
Mais je dois remercier cette sinusite carabinée, car sans elle, je serais sûrement passée à côté de l’essentiel.
Le problème n’est pas dans mes sinus… mais dans mon assiette
Je sentais depuis longtemps que les produits laitiers ne me « faisaient pas du bien ».
J’avais déjà remarqué que :
- le fromage me donnait des boutons – littéralement ;
- dès que j’arrêtais les produits laitiers, mes migraines disparaissaient quasiment ;
- je vivais mieux les variations de mon cycle hormonal quand je ne mangeais pas de produits laitiers ;
- enfant, je faisais des otites à répétition !
Mis bout à bout, ces signaux rendaient l’évidence impossible à ignorer : arrêter les produits laitiers n’était pas qu’une question de « confort », mais une nécessité pour ma santé.
Pour vérifier mon intuition, je me suis plongée dans les études sur le sujet.
Produits laitiers et voies respiratoires : une vieille querelle scientifique
Vous avez sûrement déjà entendu dire que le lait « fait du mucus ». C’est un sujet sur lequel les médecins eux-mêmes ne s’accordent pas.
Les premières études sérieuses semblaient démonter le mythe : aucune association significative n’a été montrée entre une consommation de lait et une augmentation des sécrétions nasales(1). Affaire classée, semblait-il.
Sauf qu’en 2019, un essai clinique randomisé en double aveugle — le protocole le plus rigoureux qui soit — a suivi 108 adultes souffrant de sécrétions nasopharyngées persistantes (cette sensation d’avoir en permanence quelque chose qui coule dans la gorge depuis le fond du nez). Un groupe était soumis à un régime sans produits laitiers, tandis que l’autre mangeait de tout. Six jours plus tard, les chercheurs ont observé une réduction plus importante des sécrétions dans le groupe sans produits laitiers(2).
Et une étude comparative a montré que 14 % des patients souffrant de sinusite chronique et de polypes nasaux présentaient une allergie au lait non diagnostiquée, contre zéro dans le groupe témoin(3).
Alors, contradiction ? Pas vraiment…
Lait, fromage, yaourt : ce n’est pas la même chose
On dit « produits laitiers » comme si c’était une catégorie homogène, mais ce n’est pas le cas.
Le lait contient deux composants qui peuvent poser problème : le lactose et les protéines.
Le lactose est le sucre du lait. Pour le digérer, notre corps produit une enzyme, la lactase. Or la majorité des adultes en produisent de moins en moins avec l’âge, avec de fortes variations géographiques (l’Europe est moins concernée)(4).
Les symptômes sont principalement digestifs et surviennent rapidement après ingestion : ballonnements, gaz, diarrhées.
Le yaourt est un peu particulier : ses bactéries vivantes produisent elles-mêmes la lactase qui digère le lactose. De nombreuses personnes intolérantes au lactose le tolèrent donc mieux que le lait(5).
Les protéines du lait, c’est une autre histoire. La principale s’appelle la caséine. Contrairement au lactose, elle peut déclencher chez les personnes sensibles une réponse inflammatoire immunitaire — qui s’exprime parfois dans la peau, les poumons ou les sinus.
Voici ce qui se passe : pendant l’affinage des fromages, les bactéries lactiques consomment le lactose. Un fromage à pâte dure — comté, parmesan, gruyère — n’en contient pratiquement plus. De nombreuses personnes « intolérantes au lait » peuvent ainsi manger du parmesan sans aucun problème.
Plus l’affinage est poussé, plus le fromage est riche en protéines. À poids égal, un parmesan contient bien plus de caséine qu’un verre de lait.
Mais toutes les caséines ne se ressemblent pas.
A1, A2 : pourquoi toutes les caséines ne se valent pas
La caséine regroupe plusieurs protéines. L’une d’elles, la bêta-caséine, existe sous deux formes principales selon la race de la vache : A1 et A2.
Les principales races européennes (Holstein, Prim’Holstein) produisent une bêta-caséine de type A1. À la digestion, elle libère un fragment, la bêta-casomorphine-7 (BCM-7), un peptide capable de se fixer aux récepteurs de différents organes, dont les voies respiratoires.
Des études animales ont montré que les souris nourries au lait A1 développaient une inflammation des voies respiratoires — hyperréactivité bronchique, marqueurs inflammatoires élevés — absente chez celles nourries au lait A2(6). L’hypothèse : la BCM-7 stimulerait la production de mucus dans les sinus et les bronches, surtout chez les personnes aux muqueuses déjà enflammées.
Je précise que ces études ont été réalisées sur des souris ; l’EFSA n’a pas établi de lien de causalité formel chez l’humain(7). Mais le faisceau d’indices est suffisamment cohérent pour mériter attention — surtout si vous avez un terrain ORL fragile.
La caséine A2, elle, est naturellement présente dans le lait de chèvre, de brebis, de bufflonne, et dans certaines races de vaches (Jersey, Guernesey)(8). Le lait maternel possède par ailleurs une protéine proche de la caséine A2(9).
Plusieurs études cliniques randomisées suggèrent que le lait ne contenant que de la caséine A2 provoque moins de symptômes inflammatoires et digestifs que le lait conventionnel — même chez des personnes qui se croyaient simplement intolérantes au lactose(10).
Ces résultats méritent d’être nuancés : une partie de la recherche dans ce domaine a été financée par l’industrie du lait A2, ce qui invite à la prudence.
Comment savoir, concrètement, si vous êtes concerné par une de ces intolérances ?
Étape indispensable pour y voir plus clair : l’éviction
Aucun test ne permet de distinguer à coup sûr une sensibilité au lactose d’une sensibilité à la caséine. Des tests IgG existent, mais leur valeur clinique reste débattue.
Le test le plus fiable reste l’éviction totale : supprimez tous les produits laitiers pendant trois mois, sans exception (beurre, crème, fromage, yaourt, lait…).
Cette durée peut paraître longue, mais les muqueuses, la peau et les cycles hormonaux ont besoin de temps pour que l’inflammation se résorbe et que l’équilibre revienne. Il peut être utile de tenir un carnet pendant cette période.
Si vos symptômes s’améliorent, la réintroduction progressive vous permettra d’identifier précisément ce qui pose problème.
Réintroduisez un produit à la fois, en commençant par ceux qui contiennent le moins de lactose et de protéines :
- D’abord le beurre, qui est essentiellement de la matière grasse – peu de lactose et peu de caséine.
- Ensuite un fromage affiné de chèvre ou de brebis — caséine A2, pratiquement sans lactose.
- Les yaourts de chèvre ou de brebis – caséine A2, un peu de lactose. Si vous réagissez à cette étape mais pas à la précédente, vous avez probablement une intolérance au lactose.
- Puis le lait de chèvre ou de brebis — caséine A2, davantage de lactose.
- Et enfin le lait de vache et ses dérivés (fromages frais, fromages affinés…), qui contiennent du lactose et/ou de la caséine A1. Si vous réagissez à cette étape mais pas aux précédentes, c’est la caséine A1 qui est sûrement en cause.
Des symptômes qui dépassent les troubles ORL
Je vous disais plus haut que le fromage me donnait de l’acné, que mes migraines diminuaient et que mon cycle se rééquilibrait dès que j’arrêtais les produits laitiers. Ce n’est pas anodin.
En déclenchant une réponse inflammatoire, l’intolérance à la caséine peut s’exprimer dans des tissus variés selon les personnes : peau, système hormonal, voies respiratoires… Autant de symptômes qu’on ne relie pas forcément à une part de pizza ou à une tasse de café au lait.
Si vous vous reconnaissez dans certains de ces signaux, je vous encourage à tester l’éviction temporaire des produits laitiers.
Et pensez à partager votre retour d’expérience en commentaire !
Bien à vous,
Samira Leroux
Sources :
1. Pinnock CB et al., « Relationship between milk intake and mucus production in adult volunteers challenged with rhinovirus-2 », American Review of Respiratory Disease, 1990, DOI: 10.1164/ajrccm/141.2.352
2. Frosh A et al., « Effect of a dairy diet on nasopharyngeal mucus secretion », The Laryngoscope, 2019, DOI: 10.1002/lary.27287
3. Lill C et al., « Milk allergy is frequent in patients with chronic sinusitis and nasal polyposis », American Journal of Rhinology & Allergy, 2011, DOI: 10.2500/ajra.2011.25.3686
4. Misselwitz B et al., « Lactose malabsorption and intolerance: pathogenesis, diagnosis and treatment », United European Gastroenterology Journal, 2013, DOI: 10.1177/2050640613484463
5. Savaiano DA, “Lactose digestion from yogurt: mechanism and relevance”, American Journal of Clinical Nutrition, 2014, DOI: 10.3945/ajcn.113.073023
6. Yadav S et al., « Oral Feeding of Cow Milk Containing A1 Variant of β Casein Induces Pulmonary Inflammation in Male Balb/c Mice », Scientific Reports, 2020, DOI: 10.1038/s41598-020-64997-z
7. EFSA Panel on Dietetic Products, Nutrition and Allergies, « Scientific Opinion on bovine milk A1 beta-casein », EFSA Journal, 2009, DOI: 10.2903/j.efsa.2009.1240
8. Kamiński S et al., « Polymorphism of bovine beta-casein and its potential effect on human health », Journal of Applied Genetics, 2007, DOI: 10.1007/BF03195213
9. Sadler MJ, Smith N., Beta-casein proteins and infant growth and development. Infant. 2013
10. Jianqin S et al., « Effects of milk containing only A2 beta casein versus milk containing both A1 and A2 beta casein proteins on gastrointestinal physiology, symptoms of discomfort, and cognitive behavior of people with self-reported intolerance to traditional cows’ milk », Nutrition Journal, 2016, DOI: 10.1186/s12937-016-0147-z