Chère lectrice, cher lecteur,
Suite à ma première lettre sur le cadmium (si vous ne l’avez pas lue, vous pouvez la retrouver ici), vous avez été plusieurs à vous questionner.
Dans cette lettre, j’ai voulu vous donner des idées pour substituer les aliments courants les plus contaminés, sans que vous ayez l’impression de vous priver. Mais je n’ai pas pu aborder toutes les alternatives possibles, pas plus que je n’ai évoqué la question de la « détoxification ».
Je réponds donc à vos questions dans cette lettre, qui fait suite à la première.
Le riz de Camargue contient-il beaucoup de cadmium ?
Merci Rachel pour cette question. J’avoue que je me la suis posée aussi en préparant ma première lettre.
Ce riz est français, cultivé dans des zones surveillées, et on imagine spontanément qu’il est plus sûr. Mais si je n’en ai pas parlé, c’est parce que malheureusement, les données en la matière sont insuffisantes pour se prononcer. Je ne peux donc ni vous rassurer ni vous alerter sur ce point précis.
En revanche, pendant mes recherches, j’ai trouvé une information plutôt inquiétante : le riz de Camargue est particulièrement chargé en arsenic — un autre métal lourd, lui aussi cancérogène.
Une thèse universitaire allemande de 2015[1] a mesuré des teneurs élevées dans le riz rouge (452 µg/kg) et le riz noir (440 µg/kg) de Camargue — des niveaux supérieurs à ceux d’autres riz européens comme le riz italien ou le riz thaïlandais analysés dans la même étude.
Comme l’arsenic se concentre habituellement dans les enveloppes du grain, on pourrait penser que le riz blanc de Camargue est moins concerné.
Mais cette recherche montre que ce n’est pas si simple : les caractéristiques génétiques du riz de Camargue font qu’il accumule l’arsenic d’une façon particulière, indépendamment du mode de culture ou de la couleur du grain.
Si vous souhaitez réduire votre exposition aux métaux lourds, mieux vaut donc ne pas faire du riz de Camargue votre riz du quotidien, quelle que soit la variété…
Les pâtes italiennes sont-elles moins contaminées par le cadmium ?
Il est vrai que la France figure parmi les pays européens dont les sols agricoles sont les plus contaminés en cadmium — on y utilise depuis des décennies des engrais phosphatés importés du Maroc et de Tunisie, naturellement très riches en cadmium[2].
Les sols italiens sont globalement moins contaminés, ce qui se répercute sur les cultures de blé et donc sur les pâtes.
Acheter des pâtes fabriquées avec du blé italien est donc a priori une bonne idée. Mais une nuance s’impose : la mention « fabriqué en Italie » sur l’emballage ne garantit pas que le blé utilisé est d’origine italienne. Les fabricants peuvent tout à fait utiliser du blé importé d’autres pays.
Malheureusement, les emballages mentionnent rarement l’origine du blé. Acheter des pâtes de marque italienne reste donc une démarche raisonnable, sans être une garantie absolue.
Qu’en est-il du café ?
Bonne nouvelle pour les amateurs de café. Le café contient nettement moins de cadmium que les aliments indiqués dans ma première lettre – à peine plus de 3 µg/kg dans le café torréfié moulu en moyenne[3], contre plusieurs dizaines voire centaines de µg/kg pour les pâtes ou le chocolat.
Une étude de 2024[4] portant sur 56 cafés torréfiés et instantanés a montré que l’étain, le mercure et le cadmium combinés représentent moins de 0,90 % de la dose hebdomadaire tolérable — le cadmium seul étant donc encore en dessous de ce chiffre déjà très faible.
La farine d’épeautre contient-elle moins de cadmium ?
J’ai trouvé une étude qui compare la teneur en cadmium de la farine d’épeautre à celle de blé, et les résultats… ne sont malheureusement pas réjouissants.
Cette étude portait sur des farines achetées en grande surface au Royaume-Uni et en Allemagne, et a montré que la farine d’épeautre contenait 28 % plus de cadmium que la farine de blé commun conventionnel[5].
L’épeautre n’accumulerait donc pas moins de cadmium que le blé commun — au contraire. Si votre objectif est de réduire l’exposition au cadmium, ce n’est pas la solution.
Farine complète ou farine blanche : laquelle contient le moins de cadmium ?
Comme le cadmium se concentre principalement dans les enveloppes externes du grain — le son et les couches périphériques — qui sont retirées lors du raffinage, la farine blanche en contient moins que la farine complète[6].
Toutefois, les auteurs précisent qu’une bonne moitié du cadmium reste encore présente dans l’amande du grain.
Existe-t-il un moyen de se détoxifier du cadmium ?
Malheureusement, aucune donnée ne permet d’affirmer que le cadmium accumulé dans les reins et le foie peut être éliminé par des remèdes naturels — on ne peut pas accélérer sa demi-vie biologique de 15 à 30 ans.
En revanche, ce qu’on peut faire, c’est réduire l’absorption intestinale du cadmium, c’est-à-dire limiter la quantité qui entre dans l’organisme avant même qu’elle ne s’accumule, grâce aux :
- Fer et zinc : une carence en fer multiplie par quatre l’absorption intestinale du cadmium — démontré chez l’humain[7]. Le zinc entre en compétition avec le cadmium pour les mêmes transporteurs intestinaux[8]. Assurez-vous donc de ne pas être carencé.
- Probiotiques: des souches de Lactobacillus réduisent l’absorption du cadmium en le liant dans l’intestin et en protégeant la barrière intestinale[9].
- Et éventuellement la chlorella : elle lie le cadmium dans le tube digestif avec des données in vitro et animales solides, mais on trouve peu d’études humaines spécifiques au cadmium à ce stade.
Vous pouvez aussi limiter les dommages causés aux organes par le cadmium avec la N-acétyl-cystéine (NAC) : précurseur du glutathion, elle forme des complexes avec le cadmium et protège les cellules rénales et hépatiques de sa toxicité[10]. Elle ne l’élimine pas, mais en limite les effets néfastes. La dose habituellement utilisée dans les études pour les métaux lourds (mais pas spécifiquement le cadmium) est de 600 à 1 800 mg par jour, en deux ou trois prises.
Ces pistes ne sont pas des solutions miracles, mais elles peuvent vous aider à limiter l’impact du cadmium sur votre organisme. Si vous les combinez à une alimentation qui réduit d’emblée votre exposition au cadmium, vous aurez fait beaucoup.
N’hésitez pas à poser d’autres questions en commentaire – elles me permettent de cibler ce qui vous intéresse le plus !
Bien à vous,
Sources :
[1] Eberle A, « Arsenic in red rice of Camargue », Bachelor Thesis, Université de Bayreuth, 2015, http://www.umweltgeochemie.uni-bayreuth.de/umweltgeochemie/en/forschung/diss/detail.php?id_obj=124073[2] France 24, « Public health time bomb: How France allowed cadmium to poison its crops and soil », mai 2026, https://www.france24.com/en/france/20260501-public-health-time-bomb-france-allowed-cadmium-poison-crops-soil[3] Winiarska-Mieczan, Anna et al. “Cadmium and Lead Concentration in Drinking Instant Coffee, Instant Coffee Drinks and Coffee Substitutes: Safety and Health Risk Assessment.” Biological trace element research vol. 201,1 (2023): 425-434. doi:10.1007/s12011-022-03129-2[4] Savić, A., Mutić, J., Lučić, M. et al. Dietary Intake of Minerals and Potential Human Exposure to Toxic Elements via Coffee Consumption. Biol Trace Elem Res 203, 1817–1829 (2025). https://doi.org/10.1007/s12011-024-04315-0[5] Wang, Juan et al. “Effect of wheat species (Triticum aestivum vs T. spelta), farming system (organic vs conventional) and flour type (wholegrain vs white) on composition of wheat flour – Results of a retail survey in the UK and Germany – 2. Antioxidant activity, and phenolic and mineral content.” Food chemistry: X vol. 6 100091. 4 May. 2020, doi:10.1016/j.fochx.2020.100091[6] Ertl, K., Goessler, W. Grains, whole flour, white flour, and some final goods: an elemental comparison. Eur Food Res Technol 244, 2065–2075 (2018). https://doi.org/10.1007/s00217-018-3117-1[7] Flanagan, P R et al. “Increased dietary cadmium absorption in mice and human subjects with iron deficiency.” Gastroenterology vol. 74,5 Pt 1 (1978): 841-6.[8] Reeves PG & Chaney RL, « Marginal nutritional status of zinc, iron, and calcium increases cadmium retention in the duodenum and other organs of rats fed rice-based diets », Environmental Science & Technology, 2004, https://agris.fao.org/search/es/records/65df56797c7033e84bed7126[9] Zhai, Qixiao et al. “Oral Administration of Probiotics Inhibits Absorption of the Heavy Metal Cadmium by Protecting the Intestinal Barrier.” Applied and environmental microbiology vol. 82,14 4429-40. 30 Jun. 2016, doi:10.1128/AEM.00695-16[10] Amamou F et al., « N-Acetylcysteine: Impacts on Human Health », Antioxidants, 2021, DOI: 10.3390/antiox10060967, https://www.mdpi.com/2076-3921/10/6/967
Merci pour ces précieuses informations mais qu’en est-il du Quinoa ? Merci pour votre réponse.
Bonjour,
Quel chocolat noir à 85 pr cent de cacao recommandez vous? Certains n’indiquent pas la provenance sur leur tablette… Merci
Dire que les engrais phosphatés d’Afrique du Nord utilisés en France sont riches en cadmium est un mensonge. Les engrais phosphatés doivent être conformes à une norme de pureté définie par la loi pour pouvoir être commercialisés. C’est ce traitement industriel à base d’acide sulfurique qui fait d’eux des « engrais chimiques ». Dans le passé, seul le minerai non purifié était autorisé en agriculture biologique sous prétexte que c’était un engrais naturel. Concernant l’arsenic, cet élément est naturellement présent dans les argiles, ce qui explique que les bassins sédimentaires comme la Camargue et le Bengla-Desh concentrent cette pollution avec une culture, le riz, qui a une appétence particulière pour ce minéral.
Pour éliminer le cadmium, on peut aussi citer la coriandre,l ‘ail et le sélénium
Bonjour,
Je suis depuis bientôt 1 an une alimentation à base d’épeautre non hybridé qui est cultivé en Allemagne, pouvez vous me dire s’il contient du cadmium ?
Merci