Glacé, chaud, sucré : que boire lorsqu’il fait chaud ?

Chère lectrice, cher lecteur,

Pendant une bonne partie de l’année, je bois exclusivement de l’eau.

Mais en été, j’avoue avoir un faible pour les boissons fraîches et légèrement sucrées.

Une limonade, un kéfir de fruits bien pétillant… ce sont des boissons que je n’ai pratiquement jamais envie de boire le reste du temps.

Pourtant, comme moi, vous avez sûrement déjà entendu dire que les boissons sucrées déshydratent.

Je me suis donc demandé si cette envie estivale était vraiment une bonne idée.

Une limonade déshydrate-t-elle vraiment ?

La première chose qui m’a surprise, c’est que les boissons sucrées ne semblent pas déshydrater l’organisme, contrairement à ce que l’on entend souvent.

J’avoue que cela m’a étonnée, car j’imaginais que le sucre pouvait au moins en partie contrebalancer l’eau contenue dans la boisson.

Pourtant, une étude publiée dans l’American Journal of Clinical Nutrition a comparé l’effet de différentes boissons sur l’hydratation : eau, cola, cola light, thé chaud, thé glacé, café, bière, jus d’orange ou encore eau gazeuse[1].

Les chercheurs ont mesuré la quantité d’urine produite par les participants durant les quatre heures suivant l’ingestion de ces boissons.

Résultat : ils n’ont observé aucune différence significative entre l’eau et les autres boissons. Autrement dit, les participants retenaient globalement autant d’eau après avoir bu un soda ou un jus d’orange qu’après avoir bu un verre d’eau.

Fait intéressant, deux boissons ont même obtenu de meilleurs résultats que l’eau : le lait entier et le lait écrémé. Les participants produisaient moins d’urine après leur consommation, ce qui suggère une meilleure rétention de l’eau. J’évite personnellement les produits laitiers, mais si vous les appréciez et les supportez bien, pensez-y !

À ce stade de mes recherches, je pensais donc avoir ma réponse : une limonade hydrate aussi bien que l’eau.

Mais en creusant davantage, je me suis rendu compte que l’histoire était un peu plus compliquée.

Le sucre ralentit l’absorption de l’eau

La subtilité avec les boissons sucrées, c’est qu’elles ne sont pas absorbées aussi rapidement que l’eau.

Pour comprendre pourquoi, il faut faire un petit détour par notre système digestif. Lorsqu’on boit, le liquide séjourne d’abord dans l’estomac avant de rejoindre l’intestin, où l’essentiel de l’eau est absorbé.

Or plus une boisson contient de sucre, plus ce passage a tendance à ralentir. Une étude publiée dans le Journal of Physiology a montré que l’augmentation de la concentration en glucides ralentissait significativement la vidange gastrique[2].

Autrement dit, l’eau contenue dans une limonade finit bien par rejoindre votre circulation sanguine, mais elle y parvient moins rapidement que l’eau contenue dans un simple verre d’eau.

Cette différence est généralement sans importance dans la vie de tous les jours.

Mais lorsqu’il fait très chaud et que l’on transpire abondamment, l’organisme cherche à remplacer ses pertes en eau le plus efficacement possible. Dans ce contexte, l’eau garde un avantage.

C’est probablement l’une des raisons pour lesquelles les autorités sanitaires déconseillent les boissons très sucrées comme principale source d’hydratation pendant les épisodes de canicule.

Mais il y a un autre point essentiel à aborder ici, au-delà de la « capacité d’hydratation » d’une boisson.

Car ce qui me fait très envie dans une limonade, c’est moins sa teneur en sucre que… sa fraîcheur.

Le paradoxe des boissons glacées

Lorsque nous avons chaud, une boisson glacée procure un soulagement presque immédiat : la bouche se rafraîchit, la sensation de chaleur diminue et, pendant quelques instants, nous nous sentons mieux.

Jusqu’ici, rien de très surprenant.

Ce qui est plus surprenant, c’est que ce qui nous donne une sensation de fraîcheur n’est pas forcément ce qui nous rafraîchit le mieux.

Pour comprendre pourquoi, il faut s’intéresser à la façon dont notre corps se rafraîchit lorsqu’il fait chaud.

Car notre principal système de refroidissement n’est pas l’eau que nous buvons : c’est la transpiration.

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Nous voyons souvent la transpiration comme un désagrément…. alors que c’est notre mécanisme naturel le plus efficace pour lutter contre la chaleur !

Car lorsque la sueur perle à la surface de la peau, elle finit par s’évaporer, et c’est cette évaporation qui nous procure une sensation de fraîcheur.

Vous avez probablement déjà remarqué qu’un simple courant d’air peut devenir incroyablement agréable lorsqu’il fait chaud.

La raison est simple : il accélère l’évaporation de la sueur et améliore ainsi le refroidissement du corps.

C’est aussi ce qui explique une sensation que nous avons tous déjà ressentie en sortant d’une baignade.

Même lorsque le soleil tape fort, il arrive que l’on ait presque froid quelques minutes après être sorti de l’eau. C’est parce que les gouttelettes présentes sur notre peau commencent elles aussi à s’évaporer, en emportant une partie de notre chaleur.

C’est pourquoi les boissons glacées ne sont pas aussi efficaces qu’on pourrait le croire : des chercheurs ont observé que les boissons très froides avaient tendance à réduire temporairement la transpiration[3].

À l’inverse, les boissons chaudes ont plutôt tendance à l’augmenter. Et c’est précisément ce qui permet de comprendre un comportement qui intrigue souvent : celui des Touaregs buvant du thé brûlant en plein désert.

Pourquoi les Touaregs boivent du thé chaud

J’avoue que cette histoire de thé chaud dans le désert m’a longtemps laissée perplexe.

Car lorsqu’il fait très chaud chez nous, boire du chaud ne donne pas vraiment l’impression de se rafraîchir, bien au contraire.

Pourtant, ce comportement est moins étrange qu’il n’y paraît.

Car le mécanisme selon lequel les boissons chaudes rafraîchissent via l’augmentation de la transpiration ne fonctionne réellement que si la sueur peut s’évaporer facilement.

Or les Touaregs vivent dans un environnement extrêmement sec– le taux d’humidité descend souvent sous les 20 %. Dans ces conditions, la transpiration s’évapore très rapidement. Chaque goutte de sueur participe efficacement au refroidissement du corps.

En France, la situation est différente : même en été, l’air est bien plus humide (entre 50 et 70 % d’humidité).

La conséquence de cette humidité est que la sueur s’évapore moins facilement. Une partie reste sur la peau ou finit par ruisseler. Et une goutte de sueur qui ruisselle le long du dos refroidit beaucoup moins efficacement qu’une goutte qui s’évapore.

Cette étude ne montre donc pas que nous devrions tous nous mettre à boire du thé chaud pendant les canicules, mais que dans certaines conditions très particulières, cela peut favoriser le mécanisme naturel qui nous aide à nous rafraîchir.

Alors, que boire lorsqu’il fait chaud ?

En commençant mes recherches, je pensais trouver la boisson idéale pour les journées de canicule.

Mais cette question en cache en réalité deux.

Pour s’hydrater, l’eau reste la meilleure option (autour de 15 °C, pas glacée) et si vous le supportez bien, le lait fait encore mieux.

Mais pour ce qui est de se rafraîchir, la transpiration fera toujours mieux que n’importe quelle boisson…

Cela ne vous empêche pas de profiter de temps en temps d’une boisson fraîche et sucrée en terrasse si cela vous fait plaisir.

Pour moi, c’est la limonade. Et vous ? Dites-moi en commentaire ce que vous préférez boire en été.

Bien à vous,

Samira Leroux

Sources :

[1] Maughan RJ et al. A randomized trial to assess the potential of different beverages to affect hydration status: development of a beverage hydration index. American Journal of Clinical Nutrition. 2016;103(3):717-723.
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/26702122/

[2] Vist, G E, and R J Maughan. “The effect of osmolality and carbohydrate content on the rate of gastric emptying of liquids in man.” The Journal of physiology vol. 486 ( Pt 2),Pt 2 (1995): 523-31. doi:10.1113/jphysiol.1995.sp020831

[3] Bain, A R et al. “Body heat storage during physical activity is lower with hot fluid ingestion under conditions that permit full evaporation.” Acta physiologica (Oxford, England) vol. 206,2 (2012): 98-108. doi:10.1111/j.1748-1716.2012.02452.x

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