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Je ne cherche pas à avoir une alimentation parfaite

Chère lectrice, cher lecteur,

Dans ma dernière lettre sur les moisissures des fruits (si vous ne l’avez pas lue, vous pouvez la retrouver ici), je vous racontais que le mari de mon amie avait pris une nouvelle habitude.

Lorsqu’il ouvre un avocat et découvre des parties noires à l’intérieur, il préfère ne pas le manger et le rapporte au magasin pour se le faire échanger.

Même après avoir fait mes recherches sur les moisissures et les mycotoxines, je me suis dit que, pour ma part, je ne ferais jamais cela.

Mais avant de vous dire pourquoi, j’aimerais vous parler d’un phénomène très présent aujourd’hui : la pression que l’on peut se mettre pour « bien manger ».

Toujours une nouvelle règle pour « bien manger »

Quand on commence à s’intéresser à la nutrition, les injonctions peuvent vite s’accumuler.

Il faudrait manger bio pour limiter son exposition aux pesticides, éviter les aliments trop transformés, limiter le sucre, faire attention aux modes de cuisson, aux emballages, à la provenance des aliments, au cadmium…

Et surtout, cette liste n’est jamais terminée. À chaque nouvelle étude ou nouveau scandale sanitaire, elle s’allonge encore.

« Mais que peut-on encore manger ? »

Cela ne veut pas dire que ces recommandations sont infondées. Si vous me lisez chaque semaine, c’est justement parce que vous avez envie de comprendre comment votre alimentation peut agir sur votre santé.

Mais mises bout à bout, elles peuvent créer une pression considérable.

À force de vouloir toujours faire « mieux », on finit par ne plus voir tout ce que l’on fait déjà. Je m’en rends particulièrement compte depuis que j’ai des enfants.

Cette impression de ne jamais en faire assez

En tant que parents, nous avons une pression énorme sur les épaules pour « bien » nourrir nos enfants. Et à force de vouloir toujours faire mieux, on finit par se faire des reproches complètement déconnectés de la réalité.

Il y a quelques années, il nous est arrivé, à mon compagnon et moi, de nous dire que nous n’avions pas fait beaucoup d’efforts pour le repas du soir parce que nous avions « juste » cuit des pâtes et ouvert un bocal de pesto pour les accompagner.

Sauf que les pâtes en question étaient à base de légumineuses, que le pesto était fait maison avec de l’ail des ours cueilli par nos soins, de l’huile d’olive, des noix de cajou et du parmesan, et que le tout était bio.

Je ne vous raconte pas cela pour vous montrer à quel point mes pâtes au pesto sont formidables. Ce qui me frappe, c’est d’en être arrivée à considérer qu’un tel repas n’était pas suffisant.

Prévoir les repas, faire les courses et cuisiner quelque chose que trois enfants accepteront de manger demande déjà beaucoup d’énergie.

Et pourtant, au moment de poser l’assiette sur la table, tout cela peut disparaître derrière une seule pensée : « J’aurais pu faire mieux ».

Depuis, j’ai beaucoup lâché prise sur cette recherche permanente du « mieux », parce que je ne voulais pas qu’elle devienne une source de pression et d’anxiété.

Ma vie ne tourne pas autour de mon alimentation

L’alimentation occupe une place importante dans ma vie. Si ce n’était pas le cas, je ne vous écrirais pas chaque semaine sur ce sujet.

Je fais d’ailleurs mon propre pain au levain pour ma famille et j’anime même des ateliers pour transmettre ce savoir-faire.

Mais l’alimentation reste une partie de ma vie. Elle doit trouver sa place parmi mes enfants, mon travail, mon budget, mon temps, mon énergie et tout ce qui compte pour moi.

Cela signifie que je ne fais pas toujours le choix qui serait, sur le papier, le meilleur pour ma santé.

Prenons le bio. C’est depuis longtemps notre choix par défaut à la maison et nous sommes prêts à payer plus cher pour cela.

Mais il y a des mois où nous avons moins de marge financière que d’autres. Dans ces moments-là, je préfère acheter certains aliments non bio plutôt que de faire peser un stress financier sur notre famille.

Cela ne signifie pas que j’ai changé d’avis sur le bio, juste que ce n’est pas le seul élément qui pèse dans la balance : il y a aussi mon budget, ainsi que mon temps et mon énergie.

C’est pour cette raison que je vous disais au début de cette lettre que je ne rapporterais probablement jamais un avocat au magasin parce que j’y ai trouvé quelques parties noires.

Même si on me l’échange gratuitement, cela me demande du temps, un déplacement et de l’énergie que je préfère consacrer à autre chose.

Ce sont mes arbitrages. Quelqu’un d’autre, avec une autre vie, des contraintes et des priorités différentes, placera le curseur ailleurs, et ce curseur peut bouger selon les périodes de la vie.

Quand « manger sainement » nous conduit à gaspiller

Il y a encore autre chose qui entre en ligne de compte pour moi : le gaspillage.

Nos grands-parents, et plus encore nos arrière-grands-parents, n’avaient pas le même rapport que nous à la nourriture. Les potagers étaient plus répandus, l’approvisionnement beaucoup plus local et surtout, l’abondance alimentaire que nous connaissons aujourd’hui n’existait pas.

Quand un fruit était un peu abîmé, il n’était pas aussi facile d’en prendre un autre à la place. On faisait avec ce que l’on avait.

Aujourd’hui, si j’ouvre un avocat et que je le trouve trop noir, je peux retourner au supermarché et demander qu’on me l’échange. Il y en aura probablement des dizaines d’autres dans le rayon.

Cette abondance est une chance, mais je pense qu’elle nous a aussi fait perdre une partie de la valeur que nous accordions à la nourriture.

Derrière un fruit que nous jetons parce qu’il est imparfait, il y a toujours de la terre, de l’eau, du travail, de l’énergie. Et parfois des centaines ou des milliers de kilomètres parcourus avant d’arriver jusqu’à nous.

Ce n’est pas comme si je ne jetais jamais de nourriture, au contraire ! Mais quand une recommandation me conduit à en jeter davantage, je me permets de ne pas la suivre si le risque me paraît négligeable.

Et puis il y a le plaisir

Si vous me lisez depuis quelques temps, vous savez qu’il y a encore une chose qui compte beaucoup pour moi : le plaisir.

À force de vous parler chaque semaine de nutrition, vous m’imaginez peut-être manger « parfaitement ».

Mais je ne suis pas un modèle d’alimentation, et je ne cherche même pas à le devenir.

Il m’arrive de manger deux pâtisseries à la suite simplement parce que j’en ai envie. Je peux me le permettre aujourd’hui parce que cela n’a pas, à ma connaissance, de conséquence importante sur ma santé.

Je sais bien que ce n’est pas le cas de tout le monde. Quand on souffre de diabète ou d’une maladie qui impose d’adapter son alimentation, certains choix ont des conséquences plus importantes.

Et je le sais aussi à une plus petite échelle dans ma propre vie.

J’adore le fromage. Pourtant, j’ai arrêté d’en manger parce que j’ai constaté qu’il ne me convient pas. Le plaisir est toujours là et je fais de rares exceptions, mais je sais ce qu’il risque de me coûter derrière. La plupart du temps, je préfère m’en passer.

Le plaisir a donc sa place dans nos choix alimentaires, mais cette place dépend aussi de ce que ces choix nous coûtent.

Mes lettres ne doivent pas devenir une nouvelle liste d’injonctions

Si je vous raconte tout cela aujourd’hui, c’est aussi parce que chaque semaine, je vous apporte ici de nouvelles informations sur l’alimentation.

Mais je ne vous parle pas de toutes les études que je lis. Avant de choisir un sujet, j’essaie toujours de comprendre comment cela peut s’intégrer à nos vies, plutôt que de vous donner une nouvelle raison d’avoir peur de ce que vous mangez.

Vous pouvez décider qu’une information est suffisamment importante pour changer une habitude. Vous pouvez aussi considérer qu’elle ne l’est pas assez au regard de vos priorités.

Et puisque je vous ai beaucoup parlé de moi dans cette lettre, j’aimerais maintenant en savoir un peu plus sur vous.

Dans mes lettres, qu’est-ce qui vous intéresse le plus : les réponses à des problèmes de santé, les idées pour mieux manger au quotidien, les choses que vous découvrez sur les aliments… ou autre chose ?

Partagez vos réponses en commentaire. Elles m’aideront à mieux comprendre ce qui vous est utile et à choisir mes prochains sujets.

Au plaisir de vous lire,

Samira Leroux

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